Je me présente.
Je me nomme Enrikas Dortlich et, sachant que je suis né le 24 décembre 1921, j'ai en tout et pour tout 87 ans. Mais, ô miracle, le temps ne semble posséder aucune emprise sur ma personne. Ainsi j'apparais, aux yeux des mortels qui ne savent malheureusement pas voir au delà des multiples apparences physionomiques d'une personne donnée, comme étant un individu frisant la trentaine.
Grand, blond aux yeux bleus... en fait je suis le stéréotype de l'allemand de souche, quoi. Que dire de plus si ce n'est que, d'après mon humble avis, une description physique plus détaillée de ma propre personne apporterait certainement très peu de choses aux individus se penchant sur ma présentation. Mais, puisque mon point de vue n'est nullement prit en compte par les entités supérieures, me voici contraint de poursuivre mon portrait physionomique, comblant peu à peu les « blancs » que comporte cette description physique.
Trêve de bavardages... poursuivons.
Dans la majorité des cas je conserve, d'après les dires de certaines personnes, une posture étrangement droite qui s'apparente généralement à de l'hautaineté ou, au mieux, à de la fierté. Cependant la vérité est ailleurs. Effectivement cet aspect froid et dédaigneux, dont je ne peux malheureusement me séparer, n'est, au bout du compte, rien de plus que les sombres vestiges d'une existence de débauche et de perversité vécue lors de mes innombrables années de services militaires sur lesquelles nous n'allons point nous étendre davantage pour l'instant.
Revenons en donc à nos moutons -ah les moutons, il n'y a que ça de vrai!- ou du moins à mes traits anatomiques.
Ma chevelure indisciplinée est composée de colories nuancées, allant du jaune paille au blond cendré selon l'éclairement alentour. Mes mèches désinvoltes aux nombreux reflets dorés encadrent un visage creusé au teint cadavérique qui semble être terni par une voilure de mystères mais aussi de remords mélancoliques indéchiffrable que seules mes prunelles océaniques savent laisser transparaitre de temps à autre. En parlant de mes yeux, je pense qu'il est important de noter que la teinte de ces derniers peut varier selon mes humeurs journalières; devenant bleue limpide lorsque la joie irradie mon être en passant par le gris anthracite durant les périodes où, rongé par les vils souvenirs de cette ignoble Guerre, je semble peu à peu m'oublier dans la noirceur de Ma nuit.
Sachez, chers lecteurs, que mon regard représente le miroir de mon âme déchue... c'est par lui que tout commence mais c'est aussi à cause de lui que tout peut se finir; n'oubliez jamais cela.
Que dire de plus désormais... rien étant donné que je pense avoir fais, en tout point, le tour de ma modeste personne.
Après avoir dressé tant bien que mal mon portrait physionomique me voilà contraint de vous dévoiler les traits caractérisant ma personnalité. Et bien sachez que cela ne m'enthousiasme guère! Effectivement, il existe certaines choses qui se doivent de rester secrètes et... et en fait vous vous en fichez royalement de ce que je raconte actuellement, n'est ce pas? Vous, tout ce que vous désirez, c'est en apprendre davantage sur l'esprit tourmenté qui est mien, quitte à profaner un peu plus chaque minute mon âme rendue vulnérable par les vicissitudes d'une existence brisée... cela ne vous fait ni chaud ni froid n'est ce pas? Bien entendu, c'est bien ce que je pensais!
Mais étant donné que je ne peux nullement y réchapper je vais tout de même vous livrer, à contre c½ur bien entendu, les plus sombres secrets de mon être...
Mon obscure passé est mort depuis un grand nombre d'années maintenant, pourtant son fantôme blafard continu de me poursuivre inlassablement. Depuis un certain temps déjà les interrogations ontologiques s'immisçant dans les méandres apocalyptiques de mon esprit accablé par les désillusions passées ainsi que la nostalgie et les regrets suscités par les souvenirs ternes de ma jeunesse perdue m'empêchent de fermer l'½il de la nuit. Pour finir, l'obsession de ne pas avoir fait ce qu'il fallait ébranle l'intégralité de mon subconscient lorsque je repense à toutes ces années que j'eus pitoyablement gâchées en parcourant de biens sinistres chemins. Ainsi, comme vous devez vous en douter, j'ai irrémédiablement perdu l'estime de moi-même... d'ailleurs qui ne l'aurait pas fait à ma place? Oh, tout n'a pas toujours était aussi noir, certes. Il fut un temps où j'avais retrouvé la foi; cependant je l'ai rapidement perdu lorsque la Main du Destin m'écarta cruellement de tout bonheur... aussi infime soit il.
Au jour d'aujourd'hui je ne regrette rien de plus que ce que je n'ai malheureusement plus; en premier lieu mes disparus. Leurs brumeux souvenirs me hantent lorsque, comme tous les soirs et ce depuis la nuit des temps, le puissant astre du jour éteint sur nous sa lumière purificatrice, laissant ainsi les ténèbres putrides envahir cet univers dévasté.
Durant les jours de pluie, quand j'en arrive à songer aux traitres ayant déjà réussi à me faire saigner le c½ur j'aimerais bien me montrer aussi clément que notre Seigneur et pardonner, de part ce simple fait, leurs innombrables offenses. Mais, je dois avouer que le plus souvent j'aimerais qu'ils trépassent le nez dans le caniveau! J'aimerais également qu'ils pleurent, qu'ils souffrent à m'en supplier finalement de les achever sans plus attendre... et toute cette haine passablement refoulée me pousse, sans que je puisse réellement rien n'y faire, vers un gouffre sans fond...
Ainsi donc je tombe, je sombre tout en étant dans l'incapacité de me relevé... fatidiquement cloué au sol je sens doucement que je crève.
Pour la suite... je veux dire, pour l'histoire a proprement parler... et bien il vous faudra attendre car, croyez moi, je n'ai guère envie de tout exposer maintenant. Puis, il faut bien que je laisse la parole à mes deux autres hôtes n'est ce pas?
~Article rédigé par: Enrikas Dortlich~